Rencontre avec Sylvie Le Bomin, ethnomusicologue,

Actrice de la coopération universitaire entre la France et le Gabon

L’ethnomusicologue Sylvie Le Bomin travaille auprès des populations du Gabon afin d’étudier leurs musiques traditionnelles qui accompagnent les rites et la vie quotidienne des différentes communautés de la forêt équatoriale. Elle nous explique son parcours, ses travaux de recherche axés actuellement sur les harpes d’Afrique centrale, et l’aboutissement d’un projet ambitieux : la création d’un master commun au Muséum national d’Histoire naturelle (MNHN) et à l’Université Omar Bongo (UOB) relatif à la conservation et la valorisation des patrimoines naturels et culturels du Gabon.



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Je suis maitre de conférences au Muséum national d’Histoire naturelle (MNHN) dans le département « Homme et Environnement ». Je travaille au Gabon depuis 19 ans en qualité d’ethnomusicologue. Mon projet est de comprendre les fondements de l’identité musicale des communautés et ce que la musique peut nous révéler sur l’histoire et l’évolution des populations du Gabon. En parallèle j’enseigne à l’Université Omar Bongo (UOB) dans le cadre d’une convention de coopération universitaire entre le MNHN et l’UOB depuis 15 ans.

Qu’est-ce que l’ethnomusicologie et comment la pratiquez-vous au Gabon ?

L’ethnomusicologie fait partie des sciences humaines et consiste à étudier les relations entre les patrimoines musicaux et les sociétés qui les produisent. Cette discipline, qui émane de l’anthropologie et de la musicologie, s’intéresse entre autres aux théories musicales de ces populations, à la fabrication des instruments et aux systèmes de représentation que la musique véhicule.


En quoi consiste le partenariat interuniversitaire ?

La convention de partenariat se caractérise par un programme d’échange très dynamique favorisant la circulation d’étudiants, d’enseignements et de programme de recherche entre les deux institutions. C’est ainsi qu’une vingtaine d’étudiants en master et en doctorat ont travaillé sur des sujets divers tels que : les techniques de pêche ; la génétique des populations pygmées ; la diversité et l’évolution des harpes ; la transmission des répertoires musicaux chez les Fang, etc. …. Nous avons formé de nombreux étudiants en master et certains d’entre eux sont maintenant des collègues au Musée des Arts et Traditions du Gabon.

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Conférence « La Harpe sous toutes ses cordes » au Musée de l’Homme à Paris - mars 2018. Sylvie Le Bomin présentant son projet de recherche sur les Harpes en Afrique centrale
Crédits : MNHN

Comment se caractérise la coopération bilatérale entre la France et le Gabon ?

Nous avons la chance, dans le cadre de cette convention, que les services de la coopération française nous soutiennent depuis plus de 15 ans grâce à un financement régulier. Ce soutien a permis en particulier un enseignement régulier aux départementx d’anthropologie de l’UOB et de linguistique au MNHN. Ce financement contribue aussi au développement de programmes de recherche tels que ceux que nous menons actuellement sur les harpes du Gabon et sur les anciennes pratiques rituelles des Fang. Ces financements nous permettent d’organiser des cycles de conférence, des expositions et des ateliers afin de valoriser notre travail de recherche.

Cette étape est extrêmement importante car elle offre l’occasion de restituer aux populations locales les résultats de nos recherches. Pour cela, le soutien de l’Institut Français du Gabon est fondamental car outre son financement, il est un lieu d’accueil privilégié pour ce type de manifestations.
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Jean-Paul Mboumba jouant de la harpe Ngombi
Crédits : Bunny Studio

Racontez-nous une anecdote marquante de votre expérience :

En 2001, le Musée du Quai Branly, en partenariat avec le Festival de Radio France et Montpellier, m’ont demandé de concevoir une manifestation musicale de grande envergure. J’ai proposé très naïvement d’organiser des cérémonies de bwiti tsogho auxquelles j’avais assisté quelques mois auparavant au Gabon. De nombreuses négociations ont eu lieu entre les autorités de la confrérie et moi-même afin de déterminer ce qui était « exportable » en France, sachant qu’il ne s’agissait pas de produire des concerts, mais de vraies cérémonies traditionnelles. Il fallait donc trouver un prétexte plausible pour organiser ces cérémonies, soit une initiation soit un retrait de deuil. Notre choix s’est porté sur la deuxième proposition afin que les ancêtres puissent « venir » à nous. Les « vieux initiés » ont accepté à la condition que l’on organise le retrait de deuil pour des membres de ma famille, à savoir mes deux grand-pères. C’est ainsi qu’à la fin des cérémonies au Château d’Ô de Montpellier, mes deux grand pères sont apparus sous forme de Mighonzi, des masques à leur effigie. J’ai appris bien plus tard par les techniciens du festival que les initiés avaient fait des offrandes au cimetière de Montpellier afin de convier l’esprit de mes grand-pères à participer à la cérémonie.

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Marius Ossele lors de la cérémonie Bwit à Montpellier
Crédits : Sylvie Le Bomin

Quelles sont les trois qualités indispensables pour être un bon enseignant-chercheur ?
-  Etre adaptable
-  Faire preuve de curiosité
-  Ne pas être dogmatique

Dernière modification : 06/12/2019

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